Le repaire du Baron Rouge
Nous existons depuis la nuit des temps. Nous sommes partout, quielque soit l'époque, quelque soit le monde, quelque soit le temps. Notre enfance a été brisée et notre innocence bafouée. Nous avons tous cela en commun. Nous avons aussi en commun de nous être relevés. D'avoir restitué au centuple la violence qui nous avait été inligée. D'avoir déchainé contre le monde notre haine et notre implacable vengeance.Nous sommes les Maîtres Assassins. Voici notre histoire.
Je m'appelle Lila. C'est mon père qui m'a donné ce nom. Il disait que j'étais sa petite fleur, son trésor le plus précieux. Aujourd'hui il ne dira plus rien : les soldats de l'armée impériale lui ont tranché la langue avant de le tuer.
Je m'appelle Lila. Ils ont réduit mon village en cendres et m'ont emmené comme essclave. Pendant des années j'ai travaillé dans les cuisines d'une riche famille. J'étais la petite souillon, la bonne à tout faire, le souffre-douleur de la cuisinière. Elle me battait. Elle m'insultait. Elle me frottait avec de l'ail pour irriter mes plaies après m'avoir fouettée jusqu'au sang. Et en entendant mes cris et mes pleurs, elle riait, riait, riait... Lorsque je commettais une erreur, elle me forçait à tremper ma main dans l'eau bouillante; elle maintenant mon bras dans l'eau brûlante, malgré mes suppliques, malgré ma douleur.
Un jour, elle m'a frappé une fois de trop, et j'ai senti monter en moi une fureur trop longtemps réprimée. J'ai saisi un couteau; son grand et large couteau de cuisine, si long, si brillant, et je l'ai mi planté dans sa poitrine. Pendant d'interminables minutes, je me suis acharnée sur elle, la frappant encore et encore, et la cuisine, cette cuisine que j'avais si souvent nettoyée à quatre pattes, dans laquelle je dormais sur le sol glaçé, comme un animal, s'est peu à peu recouverte de sang. Lorsque ma fureur s'est enfin apaisée, je suis restée là, prostrée, tremblant de tout mes membres. Puis, peu à peu, je me suis calmée. J'ai très posément saisi le couteau, et je l'ai aiguisé. Puis je suis montée, à pas lents,avec mes vêtements encore ensanglantés, jusqu'à l'étage ou vivaient mes maîtres.
Me vois-tu ? Non, évidemment. Nul me sent, nul ne m'entends -nul ne me voit. Je suis l'Ombre. Tu me frôles certains matins dans le métro, tu es mon collègue, mon banquier, la femme qui déjeune à la table à côté de la mienne. Tu t'approches de moi et tu n'as pas peur. Tu as tort. Le feu de Fenrir me parcourt. Je suis un tueur. Je ferme les yeux et j'imagine la manière dont tu vas mourir. Tu ne me vois pas car personne ne me voit. Je suis invisible à vos yeux. Je n'existe pour vous que quand je vous tue : alors vos yeux emplis de terreur me fixent -me voient - enfin.
Me vois-tu ? Non assurément. Je hais cette froide indifférence de ton regard lorsqu'il se pose sur moi. Je voudrais te montrer le monstre qui dort au fond de mon coeur, pour le seul plaisir de jouir de ta peur. Si je ne peux susciter ton intérêt, du moins puis-je t'inspirer de la crainte.
Me vois-tu ? Non. Je suis l'Ombre. Lorsqu'à l'instant de l'agonie la lumière de ta beauté ira crescendo avant de disparaître, alors seulement tu me verras. Et ce sera la dernière vision de ce monde que tu auras avant que de mourir.
Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours vécu recroquevillé.
Insignifiant , velu et laid. Comme une repoussante araignée.
Mais les gens oublient que certaines arignées sont venimeuses. Elles tissent lentement , patiemment leur toile autour de leur proie, celles-ci n'y prennent jamais garde - qui ferait attention à la repoussante et insignifiante bestiole
Non, elles n'y prennet pas garde...Jusqu-au moment où elles s'apercoivent qu'elles sont piégées. Alors l'araignée surgit et les dévore.
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