Le repaire du Baron Rouge
Parfois je fais le Rêve que je suis Loup. L'oeil aux aguets, la truffe humide et frémissante, à l'âffut dans les bois. Regard perçant. Effluves lointaines que seulsmes sens de prédateur peuvent percevoir. La proie est là, je la sens.Course à travers la Sombre Forêt.Poursuite dans les halliers., halètements du poursuivi,souffle rauque et précipité du poursuivant...Le grand saut.La lutte qui s'engage, l'éternelle lutte pour la survie. Le gibier, résiste, se débat. Et soudain le sang, le sang qui gicle, se répand. La chasse, c'est cela:une fête sanglante ou l'on donne la mort pour préserver la vie, une guerre sans haine, sans perdant ni vainqueur. Un combat sans fin. Déchirer le rude cuir de l'animal. Atteindre sa chair.S'en délécter. Et boire au ruisseau comme aux sources mêmes de la vie.
Je me réveille. Je ne suis qu'un homme, perdu, dans une cité de verre et d'acier. Mais je voudrais sortir, courir dans les bois et pousser le cri sauvage et libérateur du loup. Monstre. Ce mot m'a été jeté à la face dès mon plus jeune âge. Je suis un paria, mauvais sujet, mauvais citoyen, mauvais fils, fils perdu, fille perdue, bougre et criminel; enfant-roi, enfant-sage, fou aux paroles divines. Ils veulent me faire taire. Il m'enferme dans leurs caves, me privent de nourriture, me battent, mais je ne meure pas. Ils tentent de m'étouffer pendant mon sommeil, mais je ne meurs pas. Ils tentent de me faire périr par le feu mais je ne brûle pas. Ma voix leur parvient, encore et toujours; telle une litanie qui les empêche de trouver le repos, de s'endormir paisiblement sur le matelas de leurs hypocrisies; ma voix devint aussi tranchante qu'un poignard, lame qui vrille leurs oreilles et déchirent leurs entrailles jusqu'au sang .Je suis un imprécateur, la mauvaise conscience de ce monde. Je suis un vagabond, un barbare, un poète, un sublime bouffeur de queues; frère des putes et pute moi-même, je suis un sauvage, la honte des familles bourgeoises et l'ennemi du bas peuple avec qui je n'ai rien à voir. Votre société n'est pas la mienne. Je ne suis pas de votre monde pour lequel je n'ai que haine et mépris. Vos lois ne me concernent pas. Elles sont faites pour les serfs des cités d'acier, moutons dociles se jetant dans les bras de l'égorgeur, or moi je suis un seigneur, le roi du monde souterrain. Je suis un survivant des siècles passés qui refuse de se laisser recouvrir par la boue des temps modernes.
Et voici que revient la Terreur. Cette terreur innommable et innommée, qui vous remue les ventres, les tripes, l'estomac...
Revoici la Terreur, donc ! Pas la terreur des films ou des livres d'épouvantes, non la terreur domestique, la terreur au quotidin, qui prend la forme d'un passant qui vous regarde avec trop d'insistance , d'une jeune fille qui murmure sur votre passage, d'un jeune garçon trop engageant qui n'est peut-être pas celui que vous croyez.
Terreur ! Terreur sans artifices, sans grand spectacle, sans masques (paradoxale en cette terre de masko ! ) ; terreur au coin de la rue, ou chaque hébitant est juge, inquisiteur, pourquoi pas bourreau ?
Terreur. Alors on rase les murs en attendant des jours meilleurs. On serre les dents et l'on se dit qu'un jour...Oui, qu'un jour, c'est nous qui les terroriseront.
Qu'est-ce qu'un conteur ?
C'est un homme qui ose regarder le monde
Qui ose regarder les ombres
Qu'est-ce qu'un conteur ?
C'est un sorcier. Il connaît les secrets des mondes d'en bas et d'en haut, et nous les transmet sous forme d'histoires étranges et merveilleuses.
Qu'est-ce qu'un conteur ?
C'est un faiseur de miracle.
Saint est l'air que je respire
Même s'il me brûle les poumons
Saint est le sol que je foule, les deux pieds dans la boue, marchant dans la fange avec superbe,
car je suis saint ! La ville est sainte ! Le monde est sain !
C'en est fini des fausses joies, des mensonges, de l'ignorance !
Révolution ! Sainte Révolution !
Que les chaînes qui nous entravent soien brisées
Que les ils qui nous retiennet soient brisés ! Saint !
Que notre esprit s'élève et se rapproche des cieux !
Saint sont les monstres ! Saints les marginaux ! Saints les phénomènes de foire !
A mort la normalité ! Au feu les carcans ! A bas la morale !
Sainte sera la poitrine des femmes, saint le sexe des hommes, sainte la défroque des tarvestis !
Saint loa moindre des feuilles ! Saintes les fleurs humées par les timùides vierges
Ne sens-tu pas
Que le monde est sur le point de changer
Ne sens tu pas
Que ta société sclérosée, malade, est sur le point de voler en éclats ?
Ne sens-tu pas dans l'air cette étincelle qui ne demande qu'à tout embraser !
Le feu ! Le feu ! Le feu !
Ô Feu purificateur !
Ö Divin Souffle du Dragon
Et demain, après l'incendie, la rosée bénira mes pas !
Saint ! Saint ! Tout sera saint !
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