Un jour on s'est croisés. Un jour j'étais loin, très loin. Un jour on s'est rencontrés. Tout a commencé sous un soleil de plomb, là-bas, très loin. Tout ça n'avait pas de sens. Il y avait elle, il y avait le soleil aveuglant, comme l'étranger qui ne contrôle plus ses mouvements. Juste un sommeil lourd, quelques jours à des kilomètres d'ici. Avant il y avait eu lui et lui et des millions de sparadraps pour réparer tout ça. Le jeu avec l'ombre avait commencé et j'ignorais qu'elle allait s'éclairer, qu'elle avait entrer en moi, entrer dans ma vie, qu'on allait marcher du même pas.
Les jours s'enchaînaient, et le soleil brillait, et ses cris n'y faisaient rien. Deux mains unies, là-bas tout en haut, tout en bas. Une après-midi sur l'herbe, autour d'eux, peu importe. Hésitations, sourires, et on oublie tout. Après tout quelle importance ? Tout avait commencé ce jour-là ou avant. Peu importait ses hurlements. Des yeux bleus scintillant, on y lit tout et rien. On y lit surtout le beau, le vrai. La boue ou l'or, aucune importance. Nous savions, tu le savais, je le savais. Il n'y avait aucun jeu, on se voulait tous les deux. Oui, on se voulait si fort, depuis cette après-midi, entre deux rues, en haut des escaliers, quelques mots par-ci, par-là. Assis dans ce bar ça n'avait aucun sens. Des rires et des mots. Quelques verres, rien de trop, aucune logique, juste une idée qui naît, comme une évidence.
Et, depuis des mois, ça n'était plus. Depuis des mois il y avait la torture et l'oubli, juste l'oubli. Des regards envolés, des mots inutiles, le corps pareil à un puissant placebo, anti-dépresseur rien de plus. Soleil de fin de siècle, visage tourné vers le passé, passé éphémère, passé cauchemardesque, passé de métamorphose. Métamorphose du statut, changement de point de vue. Transparence. Rien ne comptait, pas plus que cette nuit sur ce pont ou ces quelques mois dans ses bras. Etoile toujours éteinte. Dérisoire. Egoïste. Et puis cet autre là-bas. C'était une évidence. C'était un non-sens. Promis, des promesses, des murmures plaintifs mais heureux, à ce moment inutiles, irréels. Juste des mots et des paroles, au présent de l'indicatif. Le bonheur du présent de l'indicatif. Ces mots réchauffants, intensité du moment.
Puis tout s'est accéléré. Ce jour est arrivé et j'ai dû m'en aller. On se l'était juré, il fallait oublier, oublier jusqu'aux mots. Mais les silences sont plus éloquents. Je voulais, tu voulais. Rêves bien utopiques. J'ai cru, tu as cru. Tout avait commencé sous un soleil de plomb, ça a fini sous la pluie. On croyait, je croyais. Grisâtre, brouillard trop épais pour les rayons éclatants. Le silence, elle le hait alors elle se tait. Imposant ses propres murmures pour n'avoir à les affronter. C'était trop loin, beaucoup trop loin. Les yeux s'étaient ouverts, en plein dans le réel, en plein dans le visage. Les jours avaient passé et il faisait de plus en plus froid. Froid glacial, polaire. Une promesse à briser, juste à briser par lâcheté.
L'ombre a atteri dans la lumière. Par une suite d'évènements imprévus. Le plus grand des hasards, la plus grande ignorance. Ombre grandissante, heure après heure. Et son silence de plus en plus pesant. Et que dire, et que dire ? Il n'y a plus que du verre brisé. Elle rêve, elle s'éveille. Qu'ajouter de plus, si ce n'est le brouillard grisâtre. Comme un rideau épais, comme un voile opaque. Incapable de rester derrière, tout au fond. Incapable de se sentir projeté de l'autre côté. Ce soleil de plomb qui n'a fait qu'illuminer. Se sentir vivant et froid et chaud, et irréel et frémissant. La route est ferme et brûlante. Chuchotements. Part de vide dans ce grand néant. Elle et son ombre. Elle vacille, elle tombe, yeux noirs, rouges, foudroyants. Elle qui tend les bras, qui les ferme. Le soleil de plomb qu'elle n'a jamais oublié. Crevasse. Point culminent. Là-bas, ce là-bas, toujours au plus profond d'elle. Et si l'autre n'avait pas été l'autre, l'ombre se serait-elle matérialisé ? Aurait-elle fuit ? Et si, et si. Toujours au plus profond.
J'vais mal, j'veux gueuler, gueuler comme une fille qui sait pas parler, bafouiller, bégayer mais te hurler que je vais mal. Au lieu je me la ferme, je t'écoute, je me tais, je pleure, je crie, je crie quand il ne faut pas. Et... Je suis malheureuse et tu ne vois rien.
Ok donc demain je saurai si ma fac est bloquée. Je me lève tôt pour aller à cette fichue Assemblée Générale pour entendre s'il y a des arguments, voter non si vote il y a, et contester. Vous allez me dire, une petite L1 de moins d'1m60, ce n'est ni convaincant ni effrayant. Mais attendez, j'ai ma carte magique. SuperSister à la rescousse, L3 en droit juste à côté. Manque de bol, 1m56 l'héroïne. Nous sommes perdues, ô désespoir. C'est étrange, j'ai essayé d'étaler mes devoirs du début de semaine prochaine sur les quelques jours qui viennent de s'écouler, histoire d'avoir mon week-end tranquille et d'être une fille organisée, pour une fois (Je veux dire organisée dans ma tête hein, j'ai beau être maniaque, je serai jamais organisée ^^'). Il est possible que je n'ai pas la correction de ces devoirs avant plusieurs jours.
Du coup je me demande. Je me demande pourquoi j'ai 19 de moyenne en anglais pour le moment (Je ne prétends pas me stabiliser à cette moyenne tout le semestre, hein), pourquoi j'ai 20 en pratique du français, pourquoi ces notes ne veulent rien dire pour moi, pourquoi en cinq semaines de cours je n'ai appris que deux déclinaisons de latin, pourquoi ma prof' de projet pro' n'est venue qu'à deux cours sur cinq, pourquoi j'ai l'impression de passer à côté d'un cours, de ne jamais creuser, pourquoi les jours d'interros, les 2/3 des étudiants ne sont pas là.
Je me demande ce que je fais là, pourquoi j'ai l'impression de revenir en classe de première, pourquoi j'ai besoin d'être un peu maltraitée, de réfléchir à un problème et de travailler dur. Je ne comprends strictement rien aux sujets d'hypokhâgne, mais je me demande pourquoi ils ont deux semaines pour rendre un tel devoir, alors que pour la semaine prochaine, pour une matière à peu près équivalente, je dois trouver la problématique d'un sujet bateau, ceci étant bien sûr facultatif. Je voudrais les traiter ces sujets incompréhensibles. Du coup je combine deux licences avec des emplois du temps parfaitement incompatibles, je suis dans un groupe d'allemand de niveau L3 en moyenne, et je m'invente des interros lorsqu'on me parle d'apprentissage, juste histoire de travailler dur.
Je regrette rien à mon choix de début d'année, rien. Je regrette que les choses se passent ainsi et que je n'ai pas eu les tripes de partir, partir loin, faire mes études loin, faire des vraies études.
Je ne pensais pas parler de ça, soit dit en passant. J'ai ouvert la page, j'ai posé mes mains sur le clavier, et c'est ce qui en est sorti, parce que c'est ce qui devait sortir. C'est ce qui occupe mon esprit depuis plusieurs semaines maintenant...
Ca fait quoi une Cawo un lundi soir, (pleine) nuit plutôt ?
Ca tente de se détacher de la Wii(ll). Ca classe et reclasse ses affaires, encore et encore. Ca relie sa phonétique. Ca frise la syncope pour sa présentation orale bancale du lendemain. Ca redoute toujours l'ancien français. Ca pense surtout à son homme. Ca se dit qu'elle est chez lui mais ça se vide les pensées quand celle-ci tente de pointer le bout de son nez. Ca ne veut pas se coucher. Ca hait encore et pour longtemps le lundi soir, l'entre-deux. Ca se dit que samedi, c'est bien loin. Ca redoute pourtant samedi soir prochain. Ca se demande comment c'est possible de mettre ceux qu'on appelle ses amis dans une telle situation. Du coup, ça la déteste, à ce moment précis. Ca se dit que demain matin s'annonce follement drôle. Ca ne veut surtout pas arriver à cette journée fatidique. Ca aimerait relâcher un petit moment la pression. Ca sent ses yeux qui se ferment. Ca va relire ses signes improbables, blablater son sujet moisi dans son petit cerveau bouillonant, puis lire deux pages de sa lecture du moment avant de tomber de fatigue, et probablement se réveiller d'humeur massacrante quelques heures plus tard.