Moi aussi j'en ai marre. J'en ai marre d'être ce que je suis. D'aller au Mc Do. De la voir déprimer sur ton poids et envier mes 53kg alors que je triche. J'en ai marre de faire n'importe quoi de ma vie. De ne pas être sérieuse. De ne pas pouvoir m'attacher à Pierre pour le moment. De ne pas travailler. De préférer aller le prendre dans mes bras ou de matter un DVD plutot que de travailler. De préférer écrire ce texte de merde plutôt que de travailler mon exposé ou ma biologie pour mercredi. De ne pas être allée à la MGEL alors que je dois le faire depuis deux mois. De dire à tout le monde que je vais bien alors que j'ai accumulé une centaine d'heures de sommeil à rattraper en quelques semaines. De faire style que j'y arrive alors que je suis une enfant. D'aimer rire à Strasbourg, mais de détester y pleurer. De ne pas voir Cyril, alors qu'il me connait par coeur. De voir toutes ces têtes, ces rires, ces gens qui vivent autour de moi sans me comprendre. D'écouter les profs me dirent que je suis une merde. J'ai l'impression d'être vide. J'en ai marre de devoir aller le faire pour être sûre que je suis en bonne santé, alors que j'en sais rien, que j'ai fait trop de conneries pour être sûre de ça. J'en ai marre de douter de moi. De me regarder dans un miroir en disant que je ne mérite pas de vivre cette vie. De culpabiliser pour les personnes qui voudraient être à ma place, avoir ma vie. De toutes ces personnes qui disent que j'ai pas à me plaindre. De ne plus être cette gamine de deux ans souriante. J'en ai marre de ma mère qui court après un but qu'elle n'atteindra jamais. J'en ai aussi marre de voir ma petite soeur rire alors qu'elle a détruit ma famille, et j'en ai marre de me dire que c'est sa faute si je suis si malheureuse, et de regretter d'avoir pensé ça pendant un court instant, sans pouvoir lui dire que je l'aime, sans pouvoir la prendre dans mes bras puisqu'elle est si loin, puisqu'ils sont loin. J'en ai marre de pleurer tous les jours. De me sentir si seule. De ne pas voir ma famille pendant si longtemps. De refuser d'appeler à l'aide. De croire cette putain de phrase de Blaise Pascal qui dit "le coeur a ses raisons que la raison ne connait pas". De regarder mon miel qui m'appelle mais que je ne mangerai pas, pas tout de suite. D'écouter Grey qui me déprime. De continuer ce texte alors que j'ai une dizaine de choses à faire d'autre. Je voudrai tellement avoir confiance en moi et réussir tout ce que j'entreprends. Mais j'ai 19 ans et je suis déprimée au point d'écrire ces lignes. C'est pitoyable. Il y a pire que le physique, que les études, des personnes qui souffrent pour de vraies raisons. Et je ne fais pas partie de ces personnes. Alors j'avance. Je pleure souvent en ce moment. J'ai besoin d'elle. Elle est à Nancy. J'ai aussi besoin d'elle. Elle est à Metz mais vient me voir dans une semaine, tant mieux. J'ai besoin d'elle. Mais elle est à Verdun. Je les aime toutes les trois et elles me manquent. Ici j'ai elles. Elles deux. Et eux. Eux deux. Sans vous je ne serais rien. Je me serais barrer. Voilà ce qui trote dans la tête d'une jeune adulte étudiante qui vit seule chez elle.
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