Rappel du prologue :
"Un beau jour, dont la date est inutile, tout comme l'heure, je suis apparu en ce bas-monde, dans une famille modeste, puis, au bout de quelques semaines, j'en changeait. Mes souvenirs de l'époque sont plutôt vagues, l'eau a coulé sous les ponts, le soleil s'est levé et couché de nombreuses fois depuis ces jours reculés. Je me souviendrait toujours cependant, de cette fille qui m'a acceuilli, je l'avais déjà vu me rendre visite auparavant, ma première journée dans ce nouveau foyer, elle resta seule avec moi, à s'occuper de moi, depuis elle s'occupe encore de moi, mais moins... La composition de ma nouvelle famille était simple: les deux parents, la fille mentionnée, et ses deux frères plus jeunes. Très vite je me liais d'amitié à cette fille, mais aussi au plus jeune des enfants, il avait un "je ne savais quoi" dans son regard,
Je m'efforçais de me plier aux règles, sous cette épée de Damoclès qu'est la punition. Malgré celà, je restais assez impulsif, et savourait ma vengeance en déteriorant des meubles. Ce qui était suivi par de punitions... Jusqu'au jour ou le plus jeune des enfants, qui jusque là ne s'interessait guère aux bêtises que je faisais, dut justement réparer, ce fut la première fois que je l'enervais, et jamais plus je ne recommençais, son regard avait changé, la colère y brulait, il haussa le ton, et je pris la fuite... Jamais plus je ne voudrais revoir sa colère, lui, cet enfant auquel je n'ai vu nul semblable au cours de ma vie...
On pourrait se demander pourquoi je parle de la sorte, mais c'est que je suis en fin de vie, j'en ai passé la moitié, et pour autant, je n'ai toujours pas compris comment fonctionnait cet animal qu'est l'homme. Moi, acheté dès mon plus jeune âge, je me retrouve à vivre à leurs côtés, à les observer de l'interieur même de leurs foyers... "Une vie de chien, une vie de chien, selon ou on tombe, c'est bon à prendre..." C'est l'une des plus anciennes phrases dont je me souvienne, c'est ce garçon, qui l'avait dite à son père, en m'observant manger. Mais afin de dissiper tout malentendu, je vais me presenter...
Je m'appelle Tyrius, je suis un labrador de couleur noire, la fille est ma maîtresse, elle se prénomme Linda, pour faire reference au père, ils utilisent ce que je pense n'être qu'un surnom, qui n'est autre que "papa", et de façon similaire "maman" pour la mère. Les garçons se prénommaient Rafaël pour le plus âgé, et Charles pour le plus jeune, celui qui m'a posé le plus de problèmes, enfin, vous allez comprendre pourquoi je parle de problèmes..."
Car la première chose à faire était de cerner ces personnages, afin de mieux comprendre ce qu'ils attendaient de moi. Et puis, au fil des invités, et de mes rencontres avec les voisins, je pus voir un certain nombre de ces humains, et me rendre compte que les schémas passent facilement de l'un à l'autre... Ils se pensent tous differents, mais dans les grandes lignes ils sont bien trop semblables. Linda, est toujours fière de moi, j'appris plus tard que j'étais une sorte de cadeau, une chose qu'elle voulait depuis toute petite. Le gros avantage est qu'elle manque de conviction lorsqu'elle me punit... Le père, lui, est moins laxiste, si bêtise il y a, j'ai plutôt interêt à le fuir, mais malgré celà, il ne résiste pas à l'envie de venir jouer avec moi, quand je suis sâge... La mère gère la maison, me repprochant la perte de mes poils, sur un ton faussement enervé; Rafaël, lui, passe le gros de sa vie sur son "ordinateur", plusieures boites reliées, l'une montrant des images, d'autres emmetant des sons, une avec des petits trucs qui clignotent, et diverse autres qu'il prend directement en main, il est prompt à me repprocher tout et n'importe quoi... Vient enfin Charles, qui se moque de savoir si je fais des bêtises ou non, à partir du moment ou ce n'est pas lui qui doit réparer, toujours prêt à jouer avec moi, ou même à me faire faire des choses interdites, me protegeant de l'eventuelle punition...
Ce même Charles, qui était capable de demander, très serieusement à son père, tandis que je mangeais, "Dis papa, dans notre volonté de classer les choses, on met les animaux, puis l'homme, et eventuellement au dessus le divin... L'homme croit au divin, mais les animaux croient en quoi? En l'homme? Après tout, Tyrius, on dirige sa vie, avec des miracles, tels que la nourriture qui tombe du ciel..." J'ai toujours apprécié sa façon de faire de la philosophie, il soulève des questions, mais ne cherche pas à y répondre, du moins, pas en apparence. J'ai donc appliqué un de ses preceptes: "Quand les autres se pensent superieurs, tu as déjà un très net avantage sur eux..." Et en effet, celà marchait...
Je pus donc voir des choses amusantes, ces animaux aimaient à regarder une "boite à images", chacun avait son programme privilégié, pour le père c'était les informations, une volonté de savoir ce qu'il se passe ailleurs, pour Linda, ou la mère, c'était plutôt des "films", une histoire, une part de rêve, afin de quitter ce monde. Rafaël, lui ne regardait pas celle-là; tandis que pour Charles, tout était bon à prendre, sauf les informations, beaucoup de documentaires, ou bien des emissions pour enfants... Ils avaient aussi ce qu'on appelle des "livres", tas de papier, sur lesquels étaient écrites des histoires, que l'on retrouvait parfois dans ces "films".