C'était sans aucun doute une très bonne journée. Moi qui la craignais tant.
Bien sûr, un début quelque peu râté. Réveil tardif, je râte une heure de civilisation latine, tant pis. Cours de langue latine, lent, très lent. La prof persévère dans sa démarche de n'interroger qu'une personne pendant près d'un quart d'heure, et surtout personne d'autre. Je devrai garder le silence pendant une heure trente. Quelque peu rageant pour les trois heures qui ont été consacrées au latin le week-end dernier, mais chut, penser comme ça, c'est le mal. J'apprends aussi qu'on devait en fait apprendre les cinq temps primitifs, depuis le début. Révisions supplémentaires à programmer. Un cours d'ancien français aussi absurde qu'ennuyeux. Mais - je ne comprendrai jamais - pourquoi, pourquoi ? (Je manque de perdre le petit cochon accroché à mon portable aussi, j'ai eu du mal à m'en remettre, mais passons.)
Puis vient la deuxième moitié de la journée. Je retrouve les copains, et la promo L1 lettres dans un des charmants amphis de Paris XII, pour ce premier cours de linguistique du français moderne de S2. Bonne nouvelle, le professeur remet les partiels qui n'ont encore été rendus, le suspense prendra fin. J'ai l'impression d'avoir réussi mais sait-on jamais. Les noms s'enchaînent, puis il appelle le mien. L'angoisse monte, je descends rapidement les marches. J'aperçois ma note, en rouge. M.P. me regarde et s'adresse à moi, très sobrement : "C'est excellent." Je souris timidement, le remercie, et attrape ma copie, toute tremblotante. Un commentaire qui fait tant plaisir, surtout de sa part. 18,5. Mes joues s'enflamment, je me sens si bien.
Le cours est passionant. Linguistique de l'énonciation. Peut-être est-ce parce que je me sens pousser des ailes, mais j'écoute très attentivement, et je note en silence. A ce moment-là, je suis contente d'étudier les lettres, je me sens satisfaite.
Je prête des notes, je récupère le cours du matin, je file le recopier à la bilbiothèque en attendant mon dernier cours, de seize heure à dix-huit.
L'heure arrive. L'amphi est petit, je n'ai jamais vu la quasi-totalité des étudiants qui m'entourent, je m'assois pas trop loin, bien face au prof. Ce John M. très british débute le cours intitulé 150 ans de musique populaire anglaise - choisi un peu par défaut je l'avoue - après quelques minutes à trifouiller sur son ordinateur.
On découvre. Il parle bien français, mais avec cet accent impossible mais adorable. Il retrace ces dizaines d'année en une heure et demie, extraits à l'appui.
The Albion Band (coup de coeur numéro 1), The Dubliners, The Beatles, Jethro Tull, Bay City Rollers, Madness, Arctic Monkeys, Lady Sovereign, Junoon, Asian Dub Foundation (coup de coeur numéro 2), folk, rap, heavy-metal, rock'n'roll, music-hall glam-rock, ...
Beaucoup à écouter, beaucoup à découvrir. Le volume réglé par Sir Mullen est impressionant. On est encore dans l'Amphi Rouge du bâtiment I1 après tout.
Du coup - toujours aussi psychotique que je suis - je crains pour la journée de demain. Retour au lycée, interventions auprès des terminales 2007-2008, remise du bac, etc.etc. Retour de l'amoureux, espérons qu'il aille bien, espérons que sa mère aille bien.
Mais pour le moment, on est jeudi soir, à peine 21h30 et j'écoute de la British Asian Music. Eh oui, je vais pouvoir avoir l'air intelligente moi aussi à citer plein de genres musicaux pour bien tout mettre dans des cases et prouver que je connais tout. Pas de soucis à se faire, je vais tout oublier très vite.