Blogs - Blog de shazam
Bâtard. C'est ce qu'ils pensent de moi. C'est tout ce que je suis à leurs yeux. Bâtard. Mot infâmant dont j'ai compris le sens dès ma prime jeunesse; mot douloureux quand j'ai compris qu'il me désignait. Bâtard. Je vois l'indifférence dans les yeux de mon père, le mépris dans les yeux de mes demi-frères et des courtisans. Peu importe que je sois vif, peu importe que je sois brave. Peu importe que je me sois couvert de gloire dans l'armée, pendant la guerre contre les royaumes du nord; à leurs yeux, je ne serais jamais que le bâtard que le Baron, notre très craint et très respecté seigneur, a eu avec sa putain. Je ne serai jamais considéré comme l'égal de mes frères, quel que soit mon mérite. Ils me verront toujours comme le fruit honteux des amours de leur père avec une fille du peuple, et jamais je ne lirai la fierté dans les yeux de celui que je n'ai pas le droit de nommer père. Je baisse les yeux et j'attends mon heure. Je feins de ne pas entendre les insultes et les murmures sur mon passage. Je jugule ma haine. Le jour où je la déchainerai, elle sera féroce, insensée, inhumaine. Le jour viendra ou je noierai leur rires dans le sang. Le jour viendra ou mon nom ne sera prononcé qu'avec terreur, et ou les plus puissants dignitaires de cette contrée mettront devant moi un genou en terre en m'appelant seigneur. Le jour viendra ou je plongerais mon épée dans le corps du Baron -notre très craint et très respecté seigneur- pour lui arracher sa couronne. Le silence de mort qui se fera alors autour de moi etouffera ce maudit mot qui résonne telle une litanie à mes oreilles : bâtard.
Olivier Ody
Quand j'étais enfant, je vivais dans un trou. J'était un petit orphelin et les gens qui m'avaient receuillis me maltraitaient. J'étais un enfant brimé brisé, humillié, exploité. On me nourissait à peine; je dormais sur un bas-flanc immonde. J'ai enduré tout cela pendant des années, et il n'y avait qu'une chose, une seule qui me faisait tenir le coup: l'enivrante et réconfortante idée qu'un jour je les tuerais. Un jour je l'ai enfin fait. Je m'en souviendrais toujours. C'était en juin, le matin de mes quinze ans. Ce matin-là, j'ai senti que ce jour était celui de ma vengeance. Le rouge a envahi mon univers, cette ferme miteuse ou j'ai grandi. Il y avait du sang partout. Je les ai égorgés tout les deux. J'ai mis le feu à cette masure tant haïe et je me suis sauvé. J'ai couru si vite que j'ai pensé pouvoir m'envoler. En fermant les yeux, en y croyant avec force, la chose est possible. Mais les flics sont arrivés et m'ont plaqué au sol. Ils m'ont coupé les ailes. Je suis un oiseau mutilé et à demi-mort qui gît sur le sol. Je voulais simplement m'envoler et toucher les étoiles.
Olivier Ody
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